Accueil A la une Buruni : Les grands perdants et gagnants de la situation politique poste-électorale
Buruni : Les grands perdants et gagnants de la situation politique poste-électorale
Lundi, 06 JUIN 2011 16:29

Bujumbura, Burundi (Gahuza News) - Depuis le boycotte du marathon électoral de 2010 par l’opposition burundaise regroupée au sein d’ADC-Ikibiri, les burundais  assistent à un bras de fer entre les partis membres de cette coalisation, et le parti cdd-fdd « vainqueur » des élections « entachées de fraudes massives », selon l’opposition. Le résultant de ce bras de fer entre l’opposition qui veut récupérer ce qu’elle a perdu par erreur stratégique politique, et le Cdd-fdd qui a toujours désiré diriger le Burundi avec une main de fer à la Kagamé mais sans succès; nous conduit à une insécurité qui risque de se généraliser dans tous le pays.

Qui profite réellement de cette situation de ni guerre ni paix ni compromis?

A Les grands perdants :

Premier grand perdant : FNL et son patron Rwassa Agathon

Ça ne demande pas un analyste politique pour constater que le plus grand perdant de tous, est M. Rwassa Agathon, l’homme qui avait obtenu plus de 17% des voix exprimées lors des élections communales. En regardant le score du cdd-fdd qui ronde autour de 65% aux legistratives, Rwasa avait beaucoup de chance à convertir ses 17% obtenus aux  communales, en plus de 25% aux legistratives. Rwasa à raté l’occasion de rallier autour de lui, le reste de l’électorat, qui ne voulait pas voter pour le parti au pouvoir.

Avec une représentation de plus de 20% dans les deux chambres, le FNL aurait eu de grande chance à influencer plusieurs décisions du gouvernement, voir même imposer un agenda politique. Avec tous les scandales qui entachent le parti au pouvoir, Rwasa  aurait aussi eu plus de minutions et la légitimité nécessaire pour se présenter devant le peuple burundais, comme une alternative au cdd-fdd en 2015.

Même si le gouvernement Nkurunziza acceptait les négociations avec ADC-Ikibiri aujourd’hui, avec toute la générosité du monde de la part de Nkurunziza, Rwassa ne pourra pas avoir ce qu’il aurait eu s’il avait continué les élections. Déjà, par un exemple, il lui serait impossible d’entrer dans les deux chambres du parlement avant 2015, aussi longtemps que ses homes ne seront pas élus. En moins qu’il frappe plus fort sur le gouvernement en place à Bujumbura, le plus grand max qu’il peut aller chercher ne peut pas dépasser ce qu’il avait obtenu lors des négociations directes de 2009.

La coalition au sein d’ADC-Ikibiri a été un mariage sentimental à laquelle Rwasa devait mettre fin, s’il veut se repositionner encore comme une 2eme force politico au Burundi. Les négociations du gouvernement avec une amalgame des partis au sein d’ADC-Ikibiri avantagent plus les « Frodebustes » et « Nyangomistes ». Ces deux derniers ont besoin de Rwassa pour assurer leur survie politique, mais la survie de Rwassa réside à sa force de frappe sur le terrain, dans un pays où ce sont les armes qui commandent la politique comme le Burundi.
Et pire encore, la présence du PARENA de l’ancien dictateur Bagaza comme membre de cette coalition vient diluer même la crédibilité de ses revendications démocratiques et de bonne gouvernance.

Deuxième grand perdant : Alexis Sinduhieje

Pour nous, Alexis Sinduhije est le deuxième grand perdant de toute cette affaire. Alexis a fait une compagne extraordinaire; et bien entendu, il a eu un résultant honorable, vu les conditions dans lesquelles l’opposition  a travaillé et le clivage ethnique tel que connu au Burundi. 

Alexis incarnait un espoir d’une nouvelle gestion moderne et démocratique, dans un pays où la politique est dominée des politiciens des idées  révolues comme  celles des unpronistes d’une part;  et d autre part, celles des  anciennes rebelles comme le cdd-fdd et FNL, qui sont d’origine militaire où la démocratie et la transparence n’ont pas de place.

Mais, malheureusement, sa politique à la  hollywoodienne avait suscité beaucoup d’espoir et d’attente dans la communauté étrangère avec moins de connaissance de la réalité sur terrain; peut être que notre leader a senti le besoin d’expliquer sa performance pourtant très honorable pour beaucoup d’observateurs avertis de la politique burundaise.

B Les grands Gagnants :

Premier grand gagnant : UPRONA et son président Niyoyankana :

A notre avis, le grand gagnant des élections de 2010 est clairement l’UPRONA qui a pu s’imposer comme l’opposition officielle, et a pu décrocher un poste de premier vice-président avec un score de moins de 6%. Malgré sa performance moins convaincante pour un parti qui a dirigé le Burundi pendant plus de 40 ans. Le président de l’UPRONA s’est vu comme premier partenaire et l'interlocuteur du président, avec tous les avantages d’être consulté dans la nomination des  membres du gouvernement et de l’administration locale.

« Better the devil I know than devil I don’t know » : voilà la stratégie des upronistes. Bien que l’UPRONA semble vouloir rejoindre les autres partis au sein d’Ikibiri, les upronistes ont préféré se ranger du côté de Nkurunziza, un ancien rebelle qu’ils maitrisent bien (pour avoir joué avec lui pendant les premiers 5 ans du gouvernement cdd-fdd) que du côte de Rwasa un ancien rebelle qu’ils connaissent moins.

Après tout, que ça soit avec Nkuru ou avec Rwasa, ce que les upronistes cherchent, c’est leur part du gâteau pré-offerte par les plus généreux accords d’ARUSHA, que les « upronistes » et « frodebustes » ne cessent de venter les mérites. Dans cette logique, l’équation était plus au moins facile à résoudre pour les partis de l’opposition pro-tutsi comme l’UPRONA que pour les partis de l’opposition pro-hutu comme le FNL; qui se bat avec le parti au pouvoir pour le même électorat majoritairement hutu.

Deuxième gagnant : Le Cdd-FDD de Nkurunziza

A part qu’il soit aussi le seul finissant du marathon électorale (ce qui le fait aussi le grand gagnant de la course) le Cdd-fdd et Nkuruziza on profité du chaos observé lors des élections de 210.  Lui  qui semble incapable de gouverner sans une majorité absolue dans les deux chambres, le président Nkurunziza a vu sa tâche facilitée. D’ailleurs, à travers son ministre de l’intérieures, le gouvernement Nkuru en a profité pour proposer des mesures qui visent à enterrer complètement l’opposition  afin de se faciliter la tâche  une fois pour toutes. Ce que notre ministre a oublie, c’est une analyse des conséquences potentielles des ses mesures controversées sur la sécurité nationale.

Le retrait des partis d’opposition a donné à Nkuru plus de gâteaux à distribuer aux beaux militants et des zèles qui avaient travaillé pour la victoire du cdd-fdd.  Dans les coulisses, il y a des gens qui disent aussi que le retrait  des partis de l’opposition a permis au président Nkurunziza  à rallier facilement ses détracteurs au sein de son propre parti.

Troisième gagnant : CNDD, FRODEBU et leurs patrons

Deux grands partis qui devaient disparaitre de la scène politique burundaise après les élections de 2010,  mais qui ont vu leur résurrection grâce à l’erreur stratégique de M. Rwassa.

Avec la création d ADC-Ikibiri, les deux partis ont put retrouver une tribute et plus d’attention médiatique qu’il ne méritent pas, vue leur performance dans les élections de 2010 : Léonard Nyagoma qui avait été complètement anéanti par son ancien vice-president, s’est vu attribuer le poste porte parole de l’ADCikibiri tout juste après sa création.  Nyagoma profite toujours de ce refus des résultants pour justifier sa performance médiocre qui l’a conduit à sa défaite même dans sa propre commune, pourtant considérée comme son fief.   Que dire du candidat du Frodebu? An ancien président qui a aussi perdu dans sa province natale? Et pourtant, c’est le président du Frodebu Léonce Ngendakuman qui veut négocier grâce à la pression  armée exercée  par les« bandits armés » qu’il ne contrôle pas. Ce n’est pas un secret pour les burundais que sans Rwasa, ADC-ikibiri n’existerait pas.

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