Accueil A la une Guerre en RDC : Le Burundi est entre le marteau et l'enclume, Kavakure doit prouver qu’il mérite la place qu’il occupe aujourd’hui.
Guerre en RDC : Le Burundi est entre le marteau et l'enclume, Kavakure doit prouver qu’il mérite la place qu’il occupe aujourd’hui.
Mardi, 11 SEPT 2012 00:30

Bujumbura(Gahuza News) - Depuis la prise du pouvoir par le Front Patriotique Rwandais (FPR) à Kigali,

le jeu diplomatique burundais vis-à-vis de la République Démocratique du Congo (RDC) a été relativement facile. D’un côté, on avait un pouvoir militairement et diplomatiquement fort au Rwanda, et qui avait une main mise sur le RDC ; et de l’autre côté, un pouvoir faible quasiment contrôlé par le Rwanda en RDC, qui avait littéralement consenti l’autorité du président Kagamé sur le Congo. Le jeune pouvoir de Bujumbura, facilité par cette configuration géopolitique dans la région, s’est rangé du côté rwandais, jouant ainsi la carte du plus fort.

 

Mais 18ans après, la donne commence à changer. La marque « génocide contre les tutsi» trouve de moins en moins de clients. A cela s’ajoutent les défections des grands généraux au sein du FPR, et une RDC qui s’organise (du moins diplomatiquement) ; des facteurs qui jouent en défaveur du pouvoir de Kigali. On assiste donc à un Kagamé qui a déjà fait son plein, et qui perd ses appuis ; et un Joseph Kabila II qui prend de plus en plus du galon, et qui devient de plus en plus indépendant de Kigali. Avec une telle évolution des choses, Bujumbura peut-il se payer le luxe de garder son plan actuel de match diplomatique dans la région des grands Lacs Africains ?

Les capacités diplomatiques de l’équipe Kavakure mises à l’épreuve

C’est pendant les moments les plus difficiles que les vrais amis se manifestent, nous dit –on; et c’est aussi durant ces moments difficiles que les talents se manifestent. Le ministre des relations extérieures burundais, l’ambassadeur Laurent Kavakure qui est perçu comme un diplomate efficace, doit aujourd’hui prouver sa capacité de jongler avec la diplomatie dans les grands Lacs. On n’est plus dans la logique de se ranger du côté du plus fort, parce que le pouvoir de Kigali qui a dominé la région pendant 18ans, peut se retrouver demain dans une position de faiblesse face à celui Kinshasa qui reprend du poile de la bête.

La RDC qui considère le Rwanda comme an agresseur, s’attend à ce que le Burundi fasse des gestes concrets d’ une part, si ce dernier la considère comme pays ami. D’autres part, le Rwanda s’attend à ce que le Burundi qui a toujours été son alliée depuis ces 18 dernières, reste de son côté. Or les choses ne sont plus du noir sur blanc. Se ranger d’ un côté ou de l’autre serait très délicat, parce que personne ne peut prévoir l’issue de ce conflit qui sera visiblement très long. Ainsi, avec un bout du tunnel qui est quasiment invisible pour les analystes géopolitiques de la région des grands lacs, le Burundi aurait donc choisi la carte de la neutralité.

Mais vue que la RDC a décidé de prendre le taureau par les cornes, et qui continue à demander des sanctions contre le Rwanda; et la M-23 qui avance progressivement; jusque quand la position burundaise pourra rester neutre ?

Roger Lumbala, un réfugié qui risque de compromettre la carte de la neutralité burundaise

La position burundaise de neutralité ne peut durer très longtemps surtout à cause de la présence de Roger Lumbala qui se cache à l’ambassade de l’Afrique du Sud à Bujumbura. La RDC fait entendre qu’elle détient des preuves que ce député de l’opposition congolaise a été en contact avec le secrétaire au ministère de la défense rwandaise pour planifier l’insurrection de la rébellion M-23, et déstabiliser l’est de la RDC. Avant de se réfugier à l’ambassade sud-africaine à Bujumbura, Roger Lumbala aurait été interrogé par les services des renseignements burundais qui l’auraient par la suite relâché, alors que Kinshasa s’apprêter à venir le rapatrier.

D’ailleurs, bien que Roger Lumbala soit dans l’ambassade sud-africaine, Kinshasa ne s’est pas empêché de faire une demande au Burundi pour extradition Roger Lumbala. Et, à en croire les propos du porte parole du gouvernement, Kinshasa s’attend à ce que le Burundi collabore.

Accusé de soutenir la rébellion du M-23, l’extradition Roger Lumbala vers Kinshasa ne ferait pas l’affaire de Kigali, qui tente sans convaincre qu’il n’est pas impliqué dans cette nième agression de la RDC. Roger Lumbala est aussi un autre témoin clef recherché par Kinshasa pour appuyer sa demande de renforcement des sanctions contre le Rwanda.

La question sur les lèvres de tous les observateurs est de savoir ce que fera le Burundi dans pareil cas. L’extradition de Roger Lumbala risque de refroidir les relations entre Bujumbura-Kigali, alors que le refus de Bujumbura de l’extrader risque d’envenimer les relations entre Bujumbura-Kinshasa qui sont déjà assez tièdes. L’Afrique du sud qui normalement devait s’allier à la RDC ne fait aucun commentaire sur le sort de Roger Lumbala pour le moment. Cependant, la persistance de Kinshasa dans la demande du Burundi d’extrader Roger Lumbala alors qu’il se trouve présentement à l’ambassade sud-africaine semble être un signe que Kinshasa veut clarifier la position de Bujumbura dans ce conflit.

Avec l’affaire Roger Lumbala, le Burundi est entre le marteau et l'enclume, et ses capacités diplomatiques sont à l’épreuve. La décision que le Burundi prendra dans cette affaire déterminera la nature des relations qu’il entretiendra avec chacun des deux pays en conflit durant la prochaine décennie, et le risque de se tromper est assez grand. !

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